Charlotte Derclaye
professeur histoire de l’art et
actualités culturelles en AI et DI
La journée « Croquis » du 22 avril est déjà bien entamée et je pousse la porte de l’atelier de peinture…
Charlotte Derclaye
professeur histoire de l’art et
actualités culturelles en AI et DI
La journée « Croquis » du 22 avril est déjà bien entamée et je pousse la porte de l’atelier de peinture…
Au fond se tient mon homme : Roger Botembe. Ils devaient être deux, deux Congolais s’installant quelques jours en résidence à Saint-Luc. L’un est peintre, l’autre sculpteur. L’un a pu nous rejoindre à temps pour cette journée spéciale, l’autre est en attente d’un visa… Tous deux sont porteurs, à travers leurs œuvres, d’un message fort, puissant et universel.
Roger Botembe tend à apporter un message d’espoir trans-universel caché parfois sous le symbole culturel proprement africain du masque. Freddy Tsimba dénonce la souffrance de la guerre en « humanisant » d’anciennes douilles meurtrières sous les traits le plus souvent d’une femme ou de la dualité femme/enfant. Tous deux nourrissent notre questionnement. Ensemble et avec d’autres, ils font vivre les Ateliers Botembe qui accueillent, dans la plus grande simplicité et l’ouverture d’esprit, de jeunes artistes congolais mais aussi africains : un tremplin pour leur permettre de se lancer dans la vie professionnelle. Le séjour est d’une durée indéterminée, du matériel est mis à leur disposition et des expositions peuvent être organisées.
C’est de cette ambiance magique, que l’on aimerait voir plus souvent, que j’extrais Roger pour lui poser quelques questions. Il est trop rare d’avoir des artistes contemporains africains pour ne pas les interroger sur leur travail artistique mais aussi sur leur rapport au monde et aux jeunes.
Une des grandes questions de Roger à
propos de l’art africain contemporain est de savoir ce que l’Afrique, à
travers ses productions artistiques actuelles, peut apporter au monde
d’aujourd’hui. Il utilise ce qu’il appelle le trans-symbolisme : aller
chercher des symboles forts et ancestraux de l’identité culturelle
africaine (comme le masque, par exemple) qui vont transcender par la
puissance du message pour tendre à l’universalité et s’adresser à tout
un chacun. Ces outils nourrissent ce que Roger appelle aussi la
Renaissance africaine, à l’image de celle que nous avons vécue, ici en
Europe occidentale, il y a déjà cinq siècles. A l’image des artistes de
la Renaissance qui ont puisé dans le répertoire de l’Antiquité
gréco-latine des idées et des formes pour nourrir leur production, dans
la définition que donne Botembe de la Renaissance africaine, celui-ci
veut redécouvrir les valeurs ancestrales de l’Afrique afin que « l’homme
africain soit plus humain, plus culturel » avec l’idée d’une
répercussion
sur l’ensemble
de la société mondiale.
Il voudrait voir l’Afrique
se développer autrement grâce à l’âme et à la spiritualité que cette
dernière a gardées malgré la colonisation et le ravage des conflits
internes. Quelle(s) réponse(s) l’Afrique, à la lumière des productions
artistiques contemporaines, peut-elle amener pour « ré-humaniser » notre
village planétaire ?
Un élément de réponse peut être trouvé
auprès des jeunes car ils peuvent incarner l’espoir. J’ai questionné
Roger Botembe sur la question de la jeunesse chez lui, à Kinshasa mais
aussi ailleurs. Il a créé les Ateliers Botembe en 1992 dans le but de
promouvoir de jeunes talents artistiques congolais mais aussi africains.
Actuellement, ils sont six « maîtres », au sens noble du terme, qui
accompagnent une trentaine de jeunes qui restent aux Ateliers pour une
durée indéterminée. Ce lieu se veut pluridisciplinaire. Les Ateliers
accueillent des peintres, des sculpteurs, des céramistes, des batteurs
de cuivre, des infographistes,...
Ils ont même accueilli un créateur
de chaussures ! C’est donc bien un espace «ouvert» dans tous les sens
du terme. Mais le nouveau projet de Botembe, c’est « L’Atelier Résidence
Kinshasa » qui est en cours d’installation à une soixantaine de
kilomètres de la capitale. C’est, en quelque sorte, le rhizome des
Ateliers Botembe mais à une échelle plus vaste, tant physique
qu’intellectuelle. Il désire y intégrer une dimension sociale en
invitant la population locale à y apporter ses atouts. Actuellement,
soixante-cinq artistes y travaillent depuis l’aménagement de deux
conteneurs et les deux mille arbres ont été plantés ! Un lieu que l’on
peut qualifier d’éco-touristique, à vocation artistique et sociale.
L’idée serait aussi de construire un habitat durable qui s’inspire de
l’architecture locale. Reste à trouver des partenaires et des jeunes
motivés ! A bon entendeur…
Pour toute information, vous pouvez
envoyer un courriel à Roger Botembé à l’adresse
suivante :
ateliers_botembe@yahoo.fr.
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