Tu es caricaturiste dans plusieurs
journaux(La libre, Télémoustique, Imagine,...) mais aussiprofesseur
à St-Luc en... philo. Alors, dessin ou philo ?
Les deux mon général ! Les deux matières
me nourrissent. J’aime le devoir de réflexion qu’exige la philosophie et
j’aime le droit à la déconne que permet le cartoon. … Ou bien c’est le
contraire, je ne sais plus…
Le point commun fondamental entre les
deux est de devoir adopter une posture bien précise, celle qui consiste à
remettre les choses en question. Ensuite il y a le plaisir de penser
qu’a priori il y a un « autre possible » et d’en faire un dessin ou un
discours.
Pourquoi es-tu prof ? Tu ne gagnes pas
assez
avec tes dessins ?
Non je ne gagne pas assez vu le train de
vie que je mène. Mon yacht sur le lac de l’Eau d’Heure me coûte la peau
des fesses. Plus sérieusement, je pourrais sans doute vivre de mes
dessins en prospectant auprès de clients. Mais j’aime trop l’équilibre
entre les deux métiers : le dessin offre parfois une certaine
reconnaissance mais je n’aimerais pas passer mes journées seul comme un
rat mort devant mon ordinateur. Les cours à St Luc me permettent de
rencontrer des gens intéressants et, luxe suprême, de m’intéresser à
plein de sujets super intéressants et de pouvoir en parler à un
auditoire.
Il y a dans ton travail une dimension
scatologique, alors plutôt pipi ou caca?
Caca parce que ça fait plus de bien. Ça
soulage différemment. Plus en profondeur. C’est incomparable. Je ne
comprends pas qu’on puisse hésiter ! Et l’histoire de la psychologie
nous montre que le caca nous fait glisser vers une symbolique bien plus
riche.
Et ça ne dépend pas du tout de ce qu’on a mangé
préalablement !
Quels sont tes maîtres et tes maîtresses?
Pour les jambes, les dames de Faizant (je
voyais ses dessins dans le magazine français «Jour de France» de ma
maman et j ‘étais intrigué par leur corps massif et leur jambes toutes
fines. Sinon, j’ai eu évidemment quelques chocs « artistiques » qui ont
orienté mon travail artistique : le fameux cartooniste américain Gary
Larson pour son univers, le dessinateur de presse français Pessin qui
sévit entre autres dans Le Monde et, surtout, les cartoonistes flamands
tels que Kamagurka, Zak et Jeroom ! Allez voir ce qu’ils font !
J’ajouterais encore le dessinateur suisse Mix et Remix qui est d’une
efficacité diabolique.
Tu tires ou tu pointes?
Je refuse de répondre à une questions
aussi intime !
A choisir, tu préfères un étudiant
docile et studieux ou bien un étudiant créatif et foireux?
Zut ! C’est une question qui
m’embarrasse. Je pourrais répondre, comme on l’apprend en philosophie,
en remettant en question la question posée car, en effet, pourquoi «
docile » s’opposerait-il forcément à « créatif » ? Mais bon, en gros je
crois comprendre où vous voulez en venir. Donc, en théorie, évidemment
que je préfère un étudiant créatif… mais l’étudiant docile est, comme
son nom l’indique, plus facile à gérer. Alors, je répondrais que l’idéal
est un étudiant créatif ET studieux ! Ou plutôt je dirais que l’idéal
est un étudiant curieux, créatif et rigoureux. J’aime forcer les
étudiants à une rigueur de lecture, d’analyse, de réflexion. Apprendre
une rigueur à un créatif foireux me semble une tâche louable car, selon
moi, cela lui permettra d’être plus « puissant » dans sa démarche en
maîtrisant mieux sa force créative.
Mais honnêtement, mon cours est encore
beaucoup trop « magistral » et dans ce sens il est plus adapté aux
étudiants dociles et studieux. J’y travaille mais j’avance très très
lentement.
En tant que prof de philo en pub,
plutôt Michel Onfray ou Jacques Séguéla?
Forcément plutôt un philosophe qu’un
publicitaire. La philosophie nous pousse à la réflexion et au contrôle
de nos passions alors que la pub nous invite à l’adhésion sans
réflexion, au conditionnement et à l’assouvissement de nos pulsions.
Quel est le dessin que tu rêves
actuellement de faire?
Une série de cartoons d’humour noir dont
l’héroïne serait CancerWoman, une rescapée de la chimiothérapie aux
super pouvoirs obtenus suite au mauvais dosage de son traitement.
Ou bien alors elle n’aurait aucun super
pouvoir et ce serait simplement une série de dessins qui utiliserait
l’humour pour parler d’une réalité qui angoisse notre société
contemporaine et qu’elle refoule. Il s’agirait de toute façon de rire du
cancer pour le faire ressortir de notre inconscient et pouvoir plus
facilement appréhender notre rapport avec la maladie, la souffrance et
la mort.
À toi de poser une question impertinente:
Que penses-tu de l’avenir de la Belgique
et du port de la burqa?
Je pense que le port de la burqa devrait
être interdit pour tous les francophones qui vivent dans les communes
flamandes de la périphérie bruxelloise. Et je dis que les jeunes
politiciens de maintenant devraient prendre exemple sur leurs aînés qui,
eux, savaient s’amuser avec des choses simples comme les Fourons et
José Happart.