ENSEIGNEMENT SUPERIEUR ARTISTIQUE:
les effets pervers de la gratuité
Un financement inégalitaire entre les différentes écoles supérieures des arts les déforce.
Peu de temps avant les élections de juin
dernier, le ministre Marcourt a décidé de rendre gratuit l’accès aux
études supérieures pour les étudiants boursiers et de réduire le
minerval pour les étudiants de condition modeste.
Le 19 juillet dernier, le Parlement de la
Communauté française a adopté le décret relatif à la gratuité et à la
démocratisation de l’enseignement supérieur, donnant bonne forme à
l’intention du ministre.
L’enseignement supérieur artistique, ce
sont 17 établissements (de tous les réseaux) et 7000 étudiants. On
confond souvent les Ecoles Supérieures des Arts (ESA) avec les Hautes
Ecoles, en méconnaissant leurs spécificités. Une de celles-ci -
déplorable - est le financement très inégalitaire du fonctionnement des
établissements, selon qu’ils sont organisés par la Communauté française
(et correctement financés) ou qu’ils sont subventionnés par elle (et
insuffisamment financés).
En effet, le financement moyen par
étudiant est deux fois supérieur (et parfois plus) pour un étudiant
inscrit dans une ESA organisée par la Communauté française que la
subvention moyenne par étudiant octroyée aux autres établissements (des
enseignements libre et officiel subventionnés). Ces écarts sont plus ou
moins sensibles selon les domaines concernés : ainsi, pour les
formations relevant des arts du spectacle, l’écart de financement va de 1
à 5 selon le réseau auquel l’ESA appartient. Cette regrettable
«spécificité» de l’enseignement supérieur artistique ne se retrouve ni
dans les universités, ni dans les Hautes Ecoles.
On pouvait légitimement espérer que
pareille disparité allait être corrigée à la faveur de ces nouvelles
mesures concernant la démocratisation de l’enseignement supérieur.
En effet, augmenter le financement des
ESA subventionnées (réseau libre et officiel) permettrait à celles-ci de
réduire la contribution qui est demandée aux étudiants sous forme de
frais complémentaires au minerval à payer à l’inscription. Car,
malheureusement, la plupart de nos établissements se trouvent contraints
de solliciter les étudiants et leurs parents, à défaut de recevoir un
financement correct de la part de la Communauté française.
Hélas, il n’en est rien. Ce décret est
bel et bien passé à côté de l’occasion de corriger les inégalités de
financement car, pour compenser le minerval non perçu des étudiants
boursiers et modestes, un mécanisme de compensation a été mis en place.
Il prévoit le versement de 111€ de subvention supplémentaire par
étudiant boursier ou modeste à tous les établissements. Y compris à ceux
organisés par la Communauté française qui, correctement financés, ne
percevaient aucun frais complémentaires au minerval légal demandé aux
étudiants !
Les grands vainqueurs de la démarche du
ministre Marcourt sont donc, bien sûr, les étudiants boursiers et de
condition modeste, mais aussi et surtout les écoles de la Communauté
française qui, par cet habile calcul, recevront à l’avenir davantage de
moyens financiers que ceux qu’elles ne perdent pas par l’application de
ce nouveau décret. En conclusion, l’écart de financement entre les
Ecoles supérieures des arts organisées par la Communauté française et
celles qui sont subventionnées par elle, déjà très sensible, se retrouve
finalement aggravé.
Il arrive un moment où la coupe déborde !
Les directions des ESA
du réseau libre :
Françoise KLEIN (Saint-Luc Bruxelles), Xavier DOCHY (Saint-Luc Tournai),
Serge FLAME (IAD),
Yvan FLASSE (ERG),
Guido JARDON (IMEP),
Eric VAN DEN BERG (Saint-Luc Liège).